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Les métiers du manga #1 : le lettreur !

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Voici le premier épisode d’une série d’articles pour découvrir les différents métiers qui permettent de publier un manga. On commence ici avec le métier de lettreur ! 

Il y a douze ans, Martin Berbérian a fondé, avec la traductrice Anaïs Koechlin, B.L.A.C.K Studio. Cette structure adapte pour le public français des mangas fluides à lire. Mais comment font-ils ? En quoi consiste la profession de lettreur ? Pour Otaku Manga, il explique ce métier de l’ombre…

Déchiffrer les lettres
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le rôle d’un lettreur n’est pas aussi évident que son appellation le laisserait penser. « Dans un premier temps, le rôle d’un lettreur est de disposer le texte français dans les bulles » nous explique Martin. « Il faut que le texte soit bien centré, et surtout faire attention aux césures : moins il y en a, plus la lecture est fluide et immersive. Et selon la taille des phylactères (nom technique des bulles en BD), ce n’est pas toujours facile ».

La seconde étape, elle, est moins intuitive, mais tout aussi importante ! « Il faut sous-titrer les onomatopées afin que les lecteurs français aient les mêmes sensations que les lecteurs japonais. Je fais de la traduction graphique. Pour cela, soit je redessine intégralement l’onomatopée, soit j’utilise des typographies libres de droit. »

L’art d’adapter
Cette adaptation graphique varie selon les éditeurs : la majorité veulent juste sous-titrer les onomatopées originales, d’autres les remplacent complètement. Pour cela, il faut les gommer, puis compléter les zones de dessin effacées en respectant au mieux le trait de l’auteur, et enfin placer les onomatopées françaises.

Exemple ci-dessous avec une case de Valse à trois sœurs de Melome Machida, éd. Sakka.

lettreur 1
ANBYOSHI NO MUSUME © Melome Machida 2021 / eBOOK Initiative Japan co., Ltd.

Cette méthode de travail, numérique, s’adapte-t-elle à la dématérialisation des mangas ? « Un lettreur aguerri lettre un manga standard, sans difficultés, en une semaine environ. En revanche, un chapitre de 20 pages en simultrad nécessite 3 jours pour une équipe avec traduction et relectures. Le réel avantage du numérique sur des plateformes comme Piccoma, c’est le rapport à la gestion des maquettes : on peut rectifier à tout moment, sans surcoût alors que quand un éditeur classique imprime un tome avec une erreur à plusieurs milliers d’exemplaires, c’est une perte financière. »

Une carrière ouverte
Souvent dans l’ombre, le poste de lettreur est assuré par des passionnés de manga, comme toi. Si jamais cette carrière t’intéresse, tu peux te tourner vers ta conseillère d’orientation… ou prendre ta chance en main ! « Il n’y a pas de formation académique : le lettrage s’apprend sur le tas, soit tout seul, soit auprès des autres lettreurs. Une formation en arts plastiques est indispensable, car il faut parfois redessiner les décors/personnages si nécessaires, mais il faut aussi une bonne culture BD et des connaissances en PAO (Photoshop, Indesign, Illustrator…). Actuellement, la demande est forte : de nouveaux éditeurs apparaissent tous les ans, et le nombre de lettreurs compétents ne grandit pas aussi vite. Et il n’y a pas que le manga, il y a aussi le webtoon et la BD francophone ! ».

Ultime avantage : tu feras l’honneur de ta famille qui dira à tout le monde que tu travailles dans les belles lettres !

Un article publié dans le n°1 du magazine Otaku Manga (novembre 2022).

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