Culture manga : Godzilla, une icône culturelle unique !
Le roi des sauriens a fêté ses 70 ans en 2024. Il reste pourtant une icône culturelle toujours aussi populaire, y compris auprès des jeunes… et pas uniquement au Japon !
L’origine du mythe
Au début des années 1950, le retour de King Kong sur grand écran amorce une mode des créatures gigantesques au cinéma à travers le monde. Y compris au Japon. Le producteur Tomoyuki Tanaka veut, lui aussi, son « kaiju eiga » (littéralement, « film de monstres géants »). Réalisé par Ishirô Honda, Gojira raconte comment un dinosaure légendaire, réveillé et transformé par une bombe atomique, détruit Tokyo et menace l’humanité. Sorti en 1954, moins de dix ans après les tragédies de Hiroshima et Nagasaki, le film aborde la relation conflictuelle des Japonais avec le nucléaire, alors que le gouvernement initie un programme de construction de centrales.
Cependant, si le film triomphe au box-office avec 9 millions de spectateurs, c’est pour les scènes impressionnantes de carnage urbain ! Pour réaliser ces effets spéciaux, un comédien (Haruo Nakajima) enfile le costume du monstre et détruit des maquettes à l’échelle réduite de la ville en étant filmé au ralenti. Cette technique, inventée par le génial Eiji Tsuburaya, sera une marque de fabrique de la saga, tout comme le thème musical du monstre, composé par Akira Ifukube. Devant un tel succès, les États-Unis s’emparent du film et le modifient totalement, en supprimant les scènes évoquant les essais nucléaires américains responsables du réveil de la créature, et en intégrant des séquences tournées à Hollywood qui mettent en scène un reporter américain. Cette version remaniée, qui sort en 1956 sous le titre Godzilla, sera longtemps la seule visible en Occident.
Le savais-tu ?
Un groupe français de heavy metal s’est baptisé avec le nom officiel japonais du dinosaure radioactif. Aujourd’hui, Gojira est l’un des meilleurs ambassadeurs de notre culture musicale à l’international : son dernier album, Fortitude, s’est placé dans le top 10 des ventes de vingt pays, et douzième aux USA. Un succès monstre !
La légende du siècle
Suite à ce succès, Godzilla connaît plus d’une trentaine de suites au Japon en soixante-dix ans, pour le bonheur de sa société de production Toho. Au fil des films, le monstre menaçant devient protecteur du Japon. Il défend le pays contre de nouvelles créatures qui étoffent l’univers autour du dinosaure. Parmi les plus connues, on citera Mothra, mite géante incarnant la menace écologique ou Ghidorah, dragon à trois têtes ennemi juré de Godzilla. La franchise s’oriente même vers le grand public avec l’apparition des enfants de Godzilla tels que Minizilla ou Godzilla Junior.
Mais ne cherche pas de cohérence ou de lien entre tous ces films ! Au gré des périodes, la taille et le design de Godzilla varient (de 50 à 300 mètres), il est tantôt gentil tantôt méchant, bref, tout évolue… comme un organisme de dinosaure soumis aux radiations. Si la saga marque un temps d’arrêt en 2004, elle redémarre en 2016 avec Shin Godzilla qui revitalise le mythe, notamment en intégrant enfin un monstre en images de synthèse – adieu le comédien dans un costume !
En parallèle, la saga Godzilla a lancé la mode des kaijû eiga au Japon. Toei, concurrent de Toho, développe ainsi la série des Gamera, tortue gigantesque, à partir de 1965. Elle initie également le tokusatsu (littéralement « effets spéciaux ») qui se décline sur le petit écran. En 1966, Eiji Tsuburaya crée ainsi Ultraman, licence toujours en cours actuellement. Le genre est si populaire qu’en 1973, on dénombre pas moins de seize séries tokusatsu à la télévision nippone !
Enfin, Godzilla finit par franchir le Pacifique ! Tout d’abord en 1998, avec le film de Roland Emmerich (qui sera décliné en série animée), puis en 2014 avec celui de Gareth Edwards. Ce long métrage est le premier élément du Monsterverse, univers partagé avec d’autres créatures comme King Kong. Les deux géants se rencontrent d’ailleurs en 2021 (puis 2024)… soit cinquante ans après le King Kong vs Godzilla japonais (1962) ! Godzilla a même droit à son étoile sur Hollywood Boulevard depuis 2004. Mais, la meilleure preuve de sa popularité se trouve à Tokyo, dans le quartier de Shinjuku : le dinosaure trône au-dessus du cinéma historique Toho, d’où il rugit à chaque heure entre midi et 20 heures, avec lumière et fumée sortant de sa gueule !